Le débat sur le thème "Développement durable et le Web 2.0" a réuni plus de 70 intervenants et participants.
Animateurs :Emmanuelle DELSOL, journaliste, responsable éditoriale ACIDD/TIC21 et Gilles BERHAULT, président d'ACIDD, auteur de "Développement durable 2.0, l'Internet peut-il sauver la planète ?", Ed. de l'Aube. Janvier 2009 Intervenants : Yann LE GOURVENNEC, directeur Internet et digital media Orange Business Services et Richard COLLIN, professeur à Grenoble Ecole de Management, directeur de l’Institut de l’Entreprise 2.0, associé de NextModernity, co-président du ClusterGreen and Connected Cities et vice-Président de l’AFNET. Présentation de projets :Sébastien TOUCHAIS, fondateur de TrocTribu, site de troc de biens culturels et Nathalie LAMBEAUX, équipe marketing, image de marque IBM, en charge pour IBM du concours Cité de la Réussite. Présentation du projet étudiant d'un réseau social citoyen pour la ville de Pau. Lauréat de la Cité de la Réussite.
Introduction :
Les liens entre web 2.0 et développement durable par l'exemple, Emmanuelle DELSOL :
Emmanuelle Delsol engage la discussion en rappelant que le Web 2.0 est affaire d'implication et d'interaction permanente avec et entre les internautes. Pour illustrer son propos Emmanuelle présente quelques projets et réalisations :
. L'implication / la participation des internautes
- Biodivoo, "Le web 2.0 au service de la biodiversité quotidienne"
Biodivoo est un projet de site participatif en Web 2.0 qui a pour ambition de veiller sur la diversité, lancé par ACIDD. Biodivoo a pour ambition de donner aux scientifiques des données géolocalisées sur la biodiversité quotidienne. Les internautes déposeront des photographies de la faune, de la flore et des habitats naturels, datées et géolocalisées avec un téléphone mobile ou un autre appareil numérique. Elles seront ensuite partagées sur la plate-forme collaborative ProximaMobile, accompagnées de leurs coordonnées géographiques et de commentaires.
L'approche Web 2.0 permet d'impliquer le grand public et en particulier, les plus jeunes. L'approche simple et ludique par la photo et les médias collectifs permet aux amateurs d'échanger avec les experts et de mieux comprendre leurs travaux. Chacun contribue à un recensement à grande échelle de données géolocalisées qui manquent souvent aux scientifiques, sur la biodiversité, y compris en ville.
Sur le site MonExTel, les internautes peuvent enregistrer le téléphone mobile dont ils ne veulent plus afin de le recycler. Un calculateur estime la valeur de l'appareil. Ensuite, ils envoient sans frais le téléphone vers un circuit de réutilisation qui emploie des personnes handicapées. Les appareils sont revendus d'occasion à des associations par exemple. Enfin, le montant obtenu est reversé à l'association que l'internaute aura choisi parmi celles proposées par le site.
Wikimanche est une encyclopédie en ligne consacrée au département de la Manche sur le modèle de Wikipedia. Elle compte aujourd'hui près de 5500 articles. Les internautes peuvent créer ou enrichir les des articles "sur la Manche, l'histoire de ses lieux et de ses habitants, la culture, les traditions et les légendes des terroirs, les acteurs de la vie locale...". Le wiki, outil de co-création de contenu, permet ici aux internautes de partager leurs savoirs culturels et locaux. Avec la même approche, Appropedia.org propose un Wikipedia du développement durable, pour la réduction de la pauvreté et le développement international.
GDF-Suez, à travers sa marque Dolcevita, a lancé un portail collaboratif de partage d'expériences sur l'efficacité énergétique des logements. Les internautes qui le souhaitent s'inscrivent et décrivent leur logement sous cet angle. Les inscrits peuvent ensuite partager leurs expériences, leurs pratiques, les travaux qu'ils ont entrepris afin d'économiser de l'énergie. Ils peuvent comparer l'impact sur la consommation d’énergie et l’environnement de leurs travaux d’isolation ou d’équipements de chauffage, et ce en fonction du type de logement qu'ils habitent ou de la région où ils résident. Enfin, les «éco-habitants» peuvent s'engager dans des «défis énergie» collectifs en adoptant des comportements plus responsables.
D'autres initiatives permettent aux internautes de participer à la vie de leur quartier par exemple ou de leur école, comme le projet Parlez-cités (journaux collaboratifs partagés dans les collèges de banlieue) ou encore le Belleville Blogue.
C'est un site dédié au développement durable, au troc et au covoiturage en région Rhône-Alpes. Le covoiturage est une des utilisations les plus connues du web collaboratif pour, entre autres, réduire les émissions de gaz à effet de serre. Les internautes qui souhaitent partager un trajet automobile, conducteurs ou passagers, s'inscrivent pour trouver des compagnons de voyage et ainsi réduire leur frais et leur empreinte carbone. Les sites de covoiturage sont nombreux. Rhône-en-vert, portail du développement durable pour la région Rhône-Alpes, est un des plus récents à proposer ce service. Il donne en fait accès aux différents services de ce type par département. A noter que www.rhoneenvert.fr propose aussi un espace de troc et met en avant les produits écologiques et biologiques de la région Rhône-Alpes.
Kyyple est né de l'idée de l'observation de deux entrepreneurs lillois. D'un côté, les fournisseurs de béton industriel doivent jeter ou recycler quotidiennement une quantité non négligeable de béton. D’un autre côté, des utilisateurs potentiels (particuliers, mairies, associations, agriculteurs, cantonniers, collectivités locales…) ont des besoins récurrents ou sporadiques pour des applications basiques (amélioration accès, remblais, ...). Les fournisseurs souscrivent au service payant Kyyple pour proposer leurs restes de béton qu'ils livreront gratuitement aux utilisateurs potentiels, inscrits quant à eux gratuitement.
. Sensibilisation / Mobilisation de masse / Mobilisation citoyenne
C'est un site français qui transpose en ligne le système du micro-crédit solidaire à destination des micro-entrepreneurs du Sud. Cette "plate-forme internet permet à des internautes de prêter de l'argent à des entrepreneurs du sud afin que ceux-ci puissent lancer ou développer leur micro-entreprise. Des milliers de prêteurs solidaires qui parrainent des centaines de micro-entrepreneurs de pays en développement." Le site anglosaxon Kiva propose le même service.
Née à San Francisco, les CarrotMob sont des actions collectives de consommateurs destinées à soutenir les commerces engagés dans des actions durables, souvent décrites comme l'opposé des boycotts. Des groupes de consommateurs s'engagent en effet à dépenser leur argent dans ces établissement qui réalisent des travaux d'isolation, utilisent des énergies renouvelables, etc. Les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter démultiplient l'impact de telles actions. En 2010, des
carrotmobs devaient se dérouler en France à Rochefort, Paris et Bordeaux... Les carrotmobs en animation
Dans la même idée de soutien collectif, le Web 2.0 inspire de nouveaux modèles économiques. C'est MyMajorCompany qui propose aux internautes de soutenir des artises en ligne et de les produire collectivement en est un exemple.
. La confiance
De façon plus générale, les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter s'adaptent mieux au développement durable que les outils du Web traditionnel. Ils fonctionnent entre autres sur la confiance portée par les internautes les uns aux autres, amis Facebook ou followers sur Twitter. Une confiance qui rassure aussi les internautes sur les échanges d'informations sur le développement durable.
Les experts :
Richard Collin rappelle pourquoi Web 2.0 et développement durable sont inéluctablement liés. Pour commencer, le développement durable est un concept complexe. Or, la complexité "ne se démonte pas, elle se dompte". Et il se trouve que dans la logique du web 2.0, "cultiver la connaissance partagée, c'est permettre d'envisager collectivement l'avenir". Quelle meilleure façon de dompter la complexité ?
Le web 2.0, c'est aussi la logique du lien social. Or, "la convergence accélérée des NBIC" (nanotechnologies, biotechnologies, technologies de l'information, sciences cognitives) nous emmène vers la façon de prendre en compte les technologies du lien social pour traiter des enjeux aussi décisifs que l'éducation ou la santé. Là où l'individu est partie prenante du développement durable. "Il ne s'agit pas tant de se demander quoi faire du web 2.0 mais bien ce qu'il va faire de nous."
Autres enjeux, de taille, le changement de l'économie et la transformation de la création de valeur qui vont de pair. Alors que la monnaie s'appuyait sur le couple énergie/matière, la valeur s'appuie désormais sur le couple intelligence/information. Deux éléments inépuisables, cette fois. Les enjeux de la technologie et du développement durable évoluent là-encore de façon conjointe. Une dernière preuve que l'on se situe dans un phénomène de co-évolution dans lequel chacun devient acteur.
Yann Le Gourvennec, Directeur Internet et digital Media Orange Business Services
Yann Le Gourvennec rappelle ce que sont les phénomènes complexes en se référant au « Macroscope » de Joël De Rosnay. C'est l’interrelation entre les phénomènes qui produit la complexité. Quand on touche une cause, on touche également les autres.
Il revient, par ailleurs, sur le changement dans les modes de travail dans le secteur des services. Dans ce domaine, on travaille sur des sujets dont on ne comprend plus bien à quoi ils correspondent et qui ont pourtant une vraie valeur économique.
Pourtant, à ses débuts, Internet a créé un énorme espoir de libération d‘un certain nombre de contraintes. Avec le télétravail en particulier qui libère le champs des possibles pour travailler autrement; plus et mieux. Yann Le Gouvernnec illustre cette évolution et ces espoirs au travers des trois expériences, d'Unisys, IBM et Accenture.
Qu’en est-il aujourd’hui, quinze ans après ?
En France, la grande nouveauté, c’est qu'avec 15 ans de retard, on met en place des plateaux ouverts mais sans les indispensables cloisons d’isolation phonique. Par ailleurs, on se met à travailler depuis un peu de partout. On utilise des solutions de vidéoconférence comme Webex. Quant au mail, contrairement à ce que pensent beaucoup d'employés, il est tout sauf collaboratif. C'est un outil asynchrone et il est, qui plus est, à l'origine d'au moins la moitié, voire 80 % du stress au travail. Yann Le Gourvennec explique que dans son équipe, quand on a besoin de se dire quelque chose, on pousse sa porte et on se parle. Plus besoin de mail.
Les projets :
- Sébastien TOUCHAIS , co-Fondateur de Troc Tribu présente le projet Troc Tribu - www.troctribu.com - communauté d'échange de biens culturels
TrocTribu a imaginé une solution de troc pour que nous nous débarrassions à bon escient de nos biens culturels, acquis dans le passé et qui s'amassent."Nous avons découvert de nombreuses initiatives -de troc en ligne- depuis 2005, 2006. Elles relèvent plutôt du web 1.0 et sont un peu datées. L'utilisateur n'a pas à sa disposition une solution simple d'usage qui permet de « consommer » le service immédiatement."
Nous nous sommes demandés comment mettre en place une plate-forme web qui mette simplement en relation les personnes qui ont en commun cette envie d'échanger des biens culturels. Nous nous sommes engagés dans une démarche vertueuse : l'internaute obtient des points dans la mesure où il a déjà donné quelque chose. Il indique sur le site les biens qu'il est prêt à donner et s'enregistre. Dès que quelqu'un demande un de ces biens, il reçoit par mail son adresse. Nous lui indiquons le poids du bien et le coût d'affranchissement. Il le place dans une enveloppe, affranchit celle-ci et envoie le tout au destinataire. En contrepartie, l'internaute reçoit un certain nombre de points. Nous sommes le tiers de confiance qui verse les points utilisés ensuite comme monnaie virtuelle pour acquérir d'autres biens culturels.
Nous essayons de faire du développement durable en optimisant l'existant. Nous utilisons La Poste. Nous favorisons la réutilisation des biens culturels pour éviter qu'ils partent au pilon, à la poubelle... Nous avons réfléchi à cette volonté de rupture, à utiliser le système du SEL (Système d'échange local) adapté au web 2.0. Au lieu d'être bloqué par une logique géographique, de proximité, qui est une vraie contrainte, on s'adresse à tout le territoire.
TrocTribu a été lancé en février 2010. Nous avons eu 1000 échanges dans les quatre premières semaines sur un simple effet de buzz. Notre solution correspond à un besoin d'aujourd'hui et reflète une tendance forte du marché, un moyen par lequel les personnes souhaitent acquérir un bien culturel.
- Nathalie LAMBEAUX, équipe marketing - image de marque IBM, en charge pour IBM du concours Cité de la Réussite, présente le projet "Création d’un réseau social au sein d’une ville", projet primé dans le cadre de la Cité de la Réussite.
IBM a organisé un concours d’idées "Réinventer nos villes" à destination de 4000 étudiants des écoles de commerce en France, dans le cadre de la Cité de la Réussite qui s'est déroulée les 10 et 11 avril 2010 à la Sorbonne. A cette occasion, les étudiants ont imaginé des propositions pour transformer la ville. Ils ont questionné les problématiques urbaines actuelles : récupération de l’eau de pluie, collecte des déchets, entraide collective, mais aussi citoyenneté.
L'un des projets lauréats, "Création d’un réseau social au sein d’une ville", présenté par Luana Gueirrero Pereira de l'ESC Pau, part du principe qu'il faut rendre les relations entre citoyens plus intelligentes pour que la ville de demain soit plus attractive. Selon elle, il faut agir d'une manière globale au niveau d'une ville ou d'une agglomération et mettre en œuvre un réseau social du type Facebook. Les citoyens deviendraient membres actifs de ce réseau social mais aussi force de proposition.
Au premier niveau, les participants sont récompensés pour les échanges de services avec d'autres. Le deuxième niveau, social, concerne la ville. Les participants suggèrent et débattent des problèmes de la communauté à travers le réseau, pour faire émerger des solutions et améliorer la vie. L’objectif du réseau n’est pas de connecter des gens à travers des services online et des ordinateurs, mais de créer un lien fort entre les membres. Le troisième niveau vise à former les membres impliqués et actifs aux concepts et aux principes des ‘smart cities’ et aux valeurs du groupe.
La mission du réseau social constitué serait de bâtir ces "smart cities" sur la coopération, le respect et la responsabilité sociale entre les citoyens.