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MIT Mobile Experience Lab : Une vision du futur

Le MIT de Boston est l’une des plus prestigieuses universités du monde. Il héberge le MIT Mobile Experience Lab, qui est dirigé par Federico Casalegno.
Le laboratoire concentre son activité autour de la mobilité durable et dessine au fur et à mesure des innovations technologiques le monde de demain. L’ensemble de son action est orienté par la mise en œuvre d’un développement durable. Bien sûr la ville verte et connectée est l’un des enjeux du laboratoire qui sur ce terrain œuvre plus particulièrement aux côtés de Cisco dans le cadre du Connected Urban Development. Federico Casalegno est européen et plus précisément italien, installé à Boston. C’est en français que ce polyglotte répond.

MIT stackable rental cars - © DR
Quels sont les grands enjeux de la ville de demain au regard de vos activités ?
Avant l’ère industrielle, les villes étaient pauvres, pensées dans la verticalité et consommatrices d’espace. Dans la période industrielle, elles ont acquis une physiologie artificielle et ont commencé à développer un système de drainage pour faire circuler l’eau, l’énergie, elles ont adopté des systèmes de transport mécanique, les villes sont devenues plus sophistiquées. Les villes aujourd’hui sont comme un système nerveux électronique, elles fonctionnent comme un organisme intelligent et créent des réponses en temps réel.
Mais les besoins changent, donc les problèmes et le challenge aussi. L’important, c’est de comprendre comment se fait cette organisation des villes et comment elles peuvent s’emparer du développement durable à l’aide des TIC. Un exemple, c’est la "congestion charge" londonienne qui a été appliquée grâce à des systèmes, des organismes intelligents qui créent des réponses coordonnées en fonction des usagers et de leurs besoins.

En quoi les TIC nous apportent des réponses ?

Nous avons au MIT quatre approches qui définissent la ville durable et connectée.
1. Le mouvement : comment on bouge ? Comment on navigue ? L’angle d’intervention est large et concerne les transports privés. Nous travaillons par exemple sur un système de stationnement intelligent avec un outil qui vous indique où trouver de la place, ce qui permettrait d’alléger de 30% le trafic en ville comme le montrent les statistiques.
2. Les maisons individuelles et collectives
: nous voulons intervenir essentiellement sur l’énergie. Le bâtiment peut produire et distribuer de l’énergie. Demain il ne sera plus juste un consommateur d’énergie mais bien élément d’un système de production et d’utilisation beaucoup plus complexe. Il faut considérer le circuit des objets qui rentrent et qui sortent de la maison. Il faut repenser les systèmes d’accès aux biens.
3. Les lieux de travail : le lieu de travail a un impact sur le transport. Nous devons repenser la localisation du travail pour limiter les déplacements individuels tout en conservant les principes de sociabilité et d’accès à la connaissance. Nous menons une expérimentation à Amsterdam dans le cadre du projet Connected Urban Development qui a permis l’émergence de ce que l’on pourrait traduire littéralement par des petit centres de travail intelligents, ce que vous appelez en France les télécentres ; ce projet est localisé à Almere. Ces lieux donnent accès à des systèmes de télétravail et de communication à distance, ils sont équipés du système de téléprésence Cisco qui rend beaucoup plus conviviale et efficace la vidéoconférence…
4. Le dernier chantier, c’est celui de la responsabilité personnelle : il faut faire comprendre aux usagers des TIC que leurs comportements peuvent participer à la ville durable. Mais pour les sensibiliser aux usages, il faut d’abord les sensibiliser aux enjeux.

Concrètement sur quelles applications travaillez-vous ?

Par exemple, nous réfléchissons à l’utilisation étendue du GPS qui pourrait indiquer au-delà du trajet le plus court l’empreinte écologique des différentes options. L’information est essentielle pour permettre la comparaison. Dans les universités américaines par exemple, il existe des systèmes qui permettent de visualiser la consommation d’eau et de mettre ainsi des dortoirs en compétition afin d’améliorer un comportement durable des étudiants. Il faut des systèmes qui donnent aux gens les clefs de l’action.
Mon laboratoire est aussi engagé dans un projet sur les nouvelles maisons connectées. Par ailleurs nous travaillons avec Cisco dans le cadre du projet Connected and Urban Development. Notre rôle consiste à imaginer et concevoir des solutions pour répondre aux enjeux et déploiements technologiques qui peuvent favoriser le développement durable.
C’est un domaine fascinant et intéressant mais notre approche part de l’expérience humaine. Certes, nous utilisons la nouvelle technologie mais le cœur de notre propos c’est l’expérience humaine.

Quelles sont les villes dans le monde que vous avez identifiées comme étant innovantes sur le sujet ?

Les villes inscrites dans le programme du CUD sont intéressantes. Mais il n’y a pas que des villes, on peut aussi citer des villages comme Bedzed par exemple. Les exemples d’initiatives commencent à être nombreux : Paris et les Velib, Londres ou Singapour avec "la congestion charge", les villes du nord de l’Europe sont aussi très expérimentales sur ces sujets. Les infrastructures technologiques sont de moins en moins chères même s’il existe encore une grande fracture numérique et que par exemple un "Smartphone" n’est pas accessible dans un village reculé d’Afrique.
La prise de conscience et l’apprentissage sont pourtant les clefs de la réussite. Je me fie par exemple à des expériences qui ont été menées en Inde et dont le principe s’appuie sur la sensibilisation des enfants aux pratiques du développement durable pour une meilleure appropriation de la part des parents. Les modes d’enseignements sont différents et culturels, dans ce cas on passe par le chant, la danse et ça marche.

Comment imaginez-vous la ville dans 50 ans ?

Je n’en sais rien. Les choses vont tellement vite que je peux imaginer des choses à 3 ans mais pas à 50. J’espère seulement que la ville sera construite autour des usages de l’homme et non le contraire.