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Accueil / Newsletters / ACIDD - Newsletter n°9 - 6/11/08

Ville de Paris : Interview de Magali Vergnet : « Le premier des enjeux, c’est « l’éco-cité »

Magali Vergnet est directrice de cabinet de François DAGNAUD, Adjoint au Maire de Paris, chargé de l'organisation et du fonctionnement du Conseil de Paris, de la propreté et du traitement des déchets. Investie depuis longtemps dans le secteur du développement durable, elle anime également un réseau de militants du développement durable et a produit l’année dernière un ouvrage intitulé « Ville durable, mode d’emploi ». De la théorie à la pratique, interview d’une technicienne de terrain.

Magali Vergnet - © DR
-Pourquoi la ville est-elle le territoire d'étude et d'expérimentation privilégié des acteurs du développement durable ?
On peut dire que les villes sont les laboratoires du Développement durable. Et il y a deux raisons à cela :
-les villes concentrent les nuisances, les problèmes et les attentes de la population. On assiste à un rejet par certains de la ville mais elle est aussi et indéniablement le lieu de la concentration des emplois, des logements et de l’activité.
-l’échelon local est à mon sens le meilleur échelon d’action, la proximité permet la réactivité et offre une capacité d’expérimentation au plus près.
La ville incarne tous les enjeux du développement durable.

-Quels sont les enjeux de la ville du 21ème siècle ?
Le premier des enjeux c’est « l’éco-cité ». C’est-à-dire, la ville qui limite son empreinte écologique en maîtrisant ses rejets, ses déchets, son utilisation de matière première, l’altération du milieu naturel dont elle est responsable. Mais la ville doit en même temps s’emparer des enjeux de la ville solidaire, de l’emploi, de la mixité sociale, de l’accès au logement sur un terrain limité, de l’accès aux services à un prix acceptable pour tous. La notion de progrès social est essentielle au même titre que le progrès écologique. Les deux enjeux sont de même niveau. La lutte contre les inégalités écologiques rejoint les inégalités sociales. Il est vain de penser que l’on peut avoir des îlots protégés des crises énergétiques et protégés des aléas sociaux. Il n’y aura pas d’avancée sans une solidarité globale.

-Le développement économique est-il compatible avec la lutte écologique ?
Il faut garder une attractivité et un dynamisme économique, tout en consommant et en produisant autrement. Il faut une autre répartition des richesses sans pour autant arrêter le compteur. Pour répartir, il faut produire. La redistribution doit fonctionner. L’enjeu est technologique et comportemental, cela sous-tend toutes les logiques du développement durable.

-Comment concrètement pouvez-vous œuvrer dans ce sens ?
On cherche d’autres modèles et d’autres systèmes. Sur les déchets par exemple, la ville de Paris mène une expérimentation sur un quartier qui représente 50 000 personnes, à l’initiative de François Dagnaud, adjoint au maire de Paris, chargé de l'organisation et du fonctionnement du Conseil de Paris, de la propreté et du traitement des déchets. L’idée, c’est de réduire la production de déchets en intervenant sur les logiques d’achat, en montrant que l’on peut consommer autrement en réfléchissant au mode de déplacement pour se rendre sur son lieu de chalandise, en proposant des alternatives de consommation comme le retour aux systèmes de consigne, aux achats groupés, aux livraisons. Tous les acteurs économiques seront concernés et les commerçants participeront. C’est un projet concret dont le moteur est l’éducation, et le gain d’usage individuel.
Pour faire bouger les comportements, il faut que les pouvoirs publics locaux proposent des solutions alternatives aux habitudes, comme le Vélib par exemple, sinon on reste dans l’injonction culpabilisatrice.

-En quoi les TIC favorisent-elles la mise en œuvre du développement durable ?
De deux façons : en favorisant les réductions de consommation d’énergie et de matières premières grâce aux solutions de substitution, et en améliorant la solidarité et en multipliant les services au public, les liens sociaux et les réseaux. Il faut réduire la fracture numérique, mais aussi lutter contre la précarité numérique et informatique. L’accès et les tarifs doivent être adaptés aux besoins des usagers. La régulation économique et sociale est essentielle.

-Donnez-nous des exemples en application à Paris ?

Nous dématérialisons les procédures externes, comme par exemple les services aux habitants, et internes, comme la préparation de la séance du Conseil de Paris. Cela évite des déplacements coûteux en énergie, et d’utiliser du papier. Dorénavant il n’y a plus de documents papier pour les séances du conseil. L’économie réalisée est 1 million de copies par an. Il a fallu former les élus et les agents. Idem pour les appels d’offre et les marchés publics. Je tiens aussi à citer Paris Quartier Numérique, opération qui donne accès sur les téléphones portables à des informations facilitant le déplacement et l’usage des services publics et marchands du quartier (horaires, itinéraires…), au même titre que les bornes Vélib qui délivrent aux abonnés des informations locales utiles pour aborder plus facilement la ville. Les systèmes d’information numériques sont essentiels pour véhiculer rapidement des données. Paris a également généralisé le WIFI gratuit dans les parcs et jardins et l’espace public, malgré les problèmes d’intégration patrimoniale inhérents à une ville historique, et est en train de refondre sa gamme de mobilier urbain dans cette perspective.

-Le citoyen vous semble-t-il prêt à s'emparer de l'usage des TIC ?
Oui, mais encore une fois il faut qu’il y ait un triple bénéfice de coût, d’usage, et de maîtrise du risque sanitaire C’est aux pouvoirs publics d’en faire la démonstration grâce à une offre adaptée.

-Un peu de prospective : comment imaginez-vous le territoire urbain dans 50 ans ?
Je l’imagine comme je l’espère : vivre dans une mégalopole attractive mais habiter un quartier, optimiser la mixité des logements, des services et d’activités, réhumaniser l’espace pour des villes plus écologiques et plus solidaires et permettre à chaque citoyen d’être acteur de sa ville, de participer à la décision collective. Pour cela, les TIC peuvent être utiles. Heureusement de nombreux élus s’engagent en ce sens, et certaines villes montrent la voie du 21e siècle.

Voir l’interview de Magali Vergnet sur le sujet de la ville durable.

Voir des réalisations pour une mobilité et une ville durable.