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Accueil / Newsletters / Newsletter n°6 - 10-07-08

Bertrand Lazare : "J’ai un crédo, le PIB : Permis Immuable au Bonheur".

Spécialiste en Net Economie, Bertrand Lazare figurait parmi les intervenants, lors de la première audition d’experts, le 24 juin dernier, en amont des Rencontres de la Diact. À travers ses activités, il accompagne depuis plus de 15 ans la stratégie de "e-communication" de grandes entreprises européennes, de PME internationales, de Start'Up. Il est le fondateur de deux sociétés : Operaction, Indialley et de l’association Rhone Alley. Il est revenu sur son parcours.

LAZARE Bertrand - © DR
Dites-nous quelques mots sur votre parcours en tant que chef d’entreprise. Un parcours plutôt atypique.
Je suis originaire de St Etienne. Ingénieur télécom de formation, j’ai eu l’opportunité de partir aux États-unis, dans la Silicon Valley, au début de ma carrière professionnelle. J’y ai rencontré des chefs d’entreprise totalement différents de l’image que je m’en faisais: des personnes qui joignaient le travail au plaisir, qui portaient des pantalons à fleurs et faisaient leur jogging en pleine après-midi. Cela m’a vraiment interloqué.
De là, est né un projet : faire en sorte que les technologies soient au service de l’homme pour que les gens prennent du plaisir au quotidien à travailler. Finalisé, ce projet tenait en 4 mots : « entreprendre différemment et vivre autrement. »
L’idée étant qu’un chef d’entreprise peut être performant et aller chercher ses enfants à l’école, qu’être un bon père et un bon entrepreneur ne sont pas deux casquettes incompatibles. J’ai donc créé une organisation de travail qui m’a permis de concilier les deux. J’ai créé la première entreprise européenne, totalement virtuelle.
Operaction est une société de conseil et d’accompagnement stratégique, sans murs, composée à l’origine de sept personnes, aux regards et aux sensibilités différentes. C’est l’autre innovation d’Operaction ; Mettre autour de la table un anthropologue, un économiste, un philosophe… pour cerner globalement une problématique et répondre au mieux à la demande des clients.
Avec Operaction, J’avais créé une nouvelle forme d’entreprendre avec des gens qui, tous, télétravaillaient. Dès 1992, nous savions ce que voulait dire manager les hommes à distance.

À vos débuts, vos clients connaissaient votre méthode de travail ?

Non. Pendant longtemps, nous n’avons rien dit. Un call center nous servait de plateforme pour répondre aux appels. Des patrons du Cac 40 venaient nous confier leur problématique et nous devions d’abord gagner leur confiance, leur paraitre crédible. Aujourd’hui, c’est de notoriété publique. L’entreprise n’a toujours pas de murs, mais le réseau s’est considérablement agrandi.

Pendant 10 ans, tout se passe bien et puis survient le 11 septembre 2001 et deuxième rupture. Vous quittez l’Europe pour l’Afrique.

Les attentats du World Trade Center m’ont choqué. Je pensais vivre à l’International, saisir le monde et je n’ai rien vu venir. J’ai compris que je regardais encore les choses sous le seul prisme de ma culture française. J’ai tout plaqué, je suis parti sur l’île Maurice, tout en continuant à gérer Operaction de là-bas. Je voulais assimiler la culture de l’Autre. J’ai découvert Madagascar, l’Australie, l’Inde… Trois ans dans l’hémisphère Sud, pendant lesquels je suis allé à la rencontre des habitants, j’ai été confronté à la pauvreté. Ma vision du monde a été bouleversée.

Vous vous êtes adapté ? On vous a adopté ?

Les Mauriciens aiment beaucoup les français. Humainement et économiquement, l’île Maurice est un lieu très intéressant. On y croise des indiens, des chinois, des africains et des européens. Maurice est une sorte de laboratoire du monde, connectée à l’Inde en particulier. L’idée m’est venue de reprendre le schéma d’Operaction et j’ai fondé Indialley. Je ne coachais plus les grands patrons côtés en bourse mais de toutes petites entreprises familiales, musulmanes pour la plupart. Je me suis remis totalement en cause car les problématiques culturelles n’étaient plus du tout les mêmes. J’ai dû réinventer mon métier.

Riche de ces expériences, vous rentrez en France. Pourquoi ne pas être resté ?
Je voulais retrouver mes racines, passer à autre chose. Je suis revenu en me disant "qu’est-ce que je peux faire pour la France ?". Je me suis donc installé à Valence. C’est une ville qui me semblait stratégique pour plusieurs raisons : ses axes de communication ferrés et routiers, sa proximité avec ma ville natale et au cœur d’un territoire ô combien intéressant. À l’époque, Rhône Alpes Sud était déjà très en avance sur les questions de Développement durable. Les acteurs du numérique étaient nombreux. Ayant toujours l’idée de mettre les technologies au service de l’homme, j’ai co-fondé en 2006, l’association Rhone Alley. Notre slogan : "pour une économie numérique durable".

Quel est le rôle et la mission de Rhone Alley ?

Nous faisons de l’animation de territoires, nous sommes le maillon qui a pour vocation de rapprocher les différents acteurs économiques pour les amener à communiquer, à échanger et à se développer. Ça n’a pas été aisé au départ mais aujourd’hui les gens participent plus facilement. Tous les types d’acteurs sont présents : TPE, PME/PMI, multinationales. Après un an et demi d’existence, l’association compte 80 membres, tous professionnels de la filière TIC.

Comment fonctionne t-elle ?

Elle fonctionne sur le principe des Jeudis de la Silicon Valley. Lorsque j’étais aux États-unis, j’avais été frappé par ce rituel de travail. Ces « jeudis » servaient à réunir autour de la table des étudiants, des chômeurs, des employés, des investisseurs pour discuter de sujets, de problématiques liées aux entreprises. J’ai repris l’idée et les « Jeudis de la Rhone Alley » sont nés. Il y a un vrai besoin d’animer. Je me suis rendu compte que certaines entreprises ignoraient qui était leur voisin et importaient de Chine alors que la même pièce était fabriquée dans la région.
Les pouvoirs politiques vous soutiennent ? On rappelle qu’Éric Besson– qui pilote les Assises du Numérique – est sous préfet de la Drome…
Eric Besson nous connait. Il a entendu parler de nous. C’est déjà très bien. L’association est encore jeune.

Pensez-vous que les modèles d’entreprise que vous avez créé – Operaction, Indialley – pourraient servir comme standard de l’entreprise de demain ?
Non, pas comme standard. Je crois qu’il faut simplement "oser", avoir "l’énergie et l’audace de faire" pour innover. Et puis il ne faut jamais perdre de vue l’envie de s’amuser. Moi, j’ai un crédo : le PIB : Permis Immuable au Bonheur.

Ne craigniez-vous pas que les nouvelles technologies de l’information et de la communication prennent le pas sur l’humain ?

Une technologie est bonne quand elle est transparente. Elle doit être invisible comme si elle n’existait pas. Il est certain qu’il faut faire un usage pertinent des technologies. L’élément humain reste primordial.

Vos projets, dans trois ans ?
Créer de l’instabilité pour innover encore.