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Accueil / Newsletters / Newsletter n°6 - 10-07-08

Dominique JOURDAIN : une autre forme de politique se met en branle

Ancien maire de Château-Thierry, Dominique Jourdain figure parmi les membres fondateurs de l’association Les Eco Maires, créée en 1989. Il en fut le président entre 1997 et 2008.
À ce titre, il intervenait le 24 juin en sa qualité d’expert dans le cadre des premières auditions d’experts de la Diact, en vue des Rencontres, qui se dérouleront en novembre prochain.

Dominique Jourdain, présentez-nous l’association Les Eco Maires.
Les Eco Maires sont nés en 1989. L’idée originale des maires fondateurs était de placer l’environnement au cœur des préoccupations des élus locaux, ceci en dehors de tout clivage partisan. Pendant près de 20 ans, l’association fut le seul interlocuteur des pouvoirs publics, des ministères successifs de l’environnement et de l’Union Européenne. Nous étions la seule association d’élus locaux de cette nature, portant notre réflexion sur les questions environnementales. Ce, bien avant que le développement durable soit sur toutes les lèvres et au cœur de tous les sujets. L’association fut précurseur sur ces questions.
Aujourd’hui, Les Eco Maires fédèrent et agissent pour et avec près de 600 communes qui souhaitent inscrire l’approche environnementale dans leur politique. L’association a une triple vocation : aider les maires à gérer l’environnement au quotidien, gérer les débats d’opinion sur l’environnement, soumettre au débat démocratique les enjeux environnementaux en impliquant le monde associatif et les jeunes.

En tant qu’élu local, Dominique Jourdain, vous êtes au cœur de la problématique d’aménagement numérique des territoires. Quelle place y ont les TIC aujourd’hui ?
La montée en puissance des technologies de l’information et de la communication s’est faite en deux étapes. Au début des années 90, il y a d’abord eu la démocratisation des ordinateurs domestiques à usage individuel puis juste après l’utilisation de l’ordinateur comme outil d’expression et le problème de l’Internet.
Dans le milieu des années 90, des politiques ont été mises en œuvre pour connecter les établissements scolaires. Vers la fin des années 90, il était question d’équiper l’ensemble du territoire français.
L’accès à Internet est un élément de développement, d’accès à la mondialisation des informations et des connaissances. Dans l’ensemble des départements et des régions se sont mises en place des politiques d’équipement informatique avec en parallèle la question des réseaux de téléphonies.

Un exemple en particulier ? À Château-Thierry, peut être ?

La communauté de communes dans laquelle réside Château Thierry compte 24 communes pour un total de 34000 habitants et 20 groupes scolaires. En lien avec la région Picardie, nous avons mis en place « Picardie en ligne », une politique d’équipement des communes, des mairies, des bibliothèques municipales et des écoles avec, derrière, tout ce que cela impliquait de formation et d’apprentissage. Pour ne citer qu’un exemple, nous avons accompagné les professeurs de manière à ce qu’ils puissent, ensuite, enseigner à leurs élèves comment utiliser ces nouvelles technologies.
Nous avons également travaillé sur la mise à disposition de moyens importants pour la jeunesse : pour les étudiants, les demandeurs d’emploi. Internet a été un vecteur de formation, d’accès à l’emploi et d’aménagement de notre territoire.
Le second volet de notre politique s’est porté sur les demandes des entreprises, qui ont poussé elles aussi, à plus d’accessibilité numérique.

Y a t-il un lien, selon vous, entre aménagement numérique d’un territoire et développement durable ?

À l’évidence, il y a lien entre les technologies de l’information et de la communication, l’aménagement du territoire et le développement durable. Lorsque l’on peut dialoguer, transférer des informations et faire des analyses partout en France sans bouger de son bureau, on participe à la limitation des déplacements et par conséquent à la diminution des rejets de Co2.

Que répondez-vous aux experts qui soutiennent que les TIC n’ont pas réduit les déplacements mais rendu les gens plus aisément nomades ?

Je pense que nous ne sommes pas allés jusqu’au bout de la révolution culturelle qu’implique le développement durable. Nous connaissons les trois piliers du développement durable, le 4ème étant le volet culturel. Comment modifier les comportements ? Comment informer et former au développement durable ? Il reste beaucoup à faire dans la gestion des comportements humains.

Est-ce que développement économique passe nécessairement par Aménagement numérique, selon vous ?

Oui, sans conteste. Cela impose de nouveaux modes de gouvernance dans l’aménagement du territoire et dans l’économie par rapport à la politique de guichet que nous connaissons. Cette politique « guichet » existe encore ; elle consiste à mettre en place une politique publique pour ensuite accéder à des financements.
Cela dit une autre forme de politique se met en branle. C’est la mise en relation sur un périmètre économique donné, de différents acteurs, producteurs, collectivités, personnel associatif. Cette nouvelle forme de gouvernance est aujourd’hui permise grâce à Internet.
Un exemple : Certaines régions possèdent un centre de ressources en matière de haute qualité environnementale. Un centre de ressources est un groupement d’artisans, d’ONG, de PME, de collectivités qui se réunissent dans l’objectif de mettre en œuvre une politique précise d’achat de matériaux locaux pour favoriser d’économie locale… Toutes ces personnes, qui sont sur des intérêts particuliers, ont besoin de définir une démarche commune.
Seul le réseau leur permet de rester connectés en permanence sans devoir se déplacer. Internet est le lien essentiel à la communication. Les outils existent : la mise en réseau informatique, intranet ou encore la création d’une plateforme d’intelligence économique. Sans ces instruments, certaines ces personnes ne connaitraient même pas l’existence de leur voisin.

Quelle marge de manœuvre ont les élus locaux dans l’aménagement numérique de leur territoire ?

Comme pour toutes les politiques, il faut savoir où l’on va et comment on y va. Il y a des régions où de vraies politiques publiques sont lancées, d’autres pas. Les moyens existent autres que les financements publics. Il faut aussi s’appuyer sur les associations et les démarches individuelles, les alliances entre entreprises et collectivités.

Quel est l’état des lieux en France, dans les communes ?

Je ne peux pas répondre pour l’ensemble du territoire français, mais en Picardie il y a encore des efforts à faire pour ce qui est de la couverture haut débit. C’est, selon moi, la priorité absolue. Si la France prend trop de retard, le centre de gravité va se déplacer, notamment vers l’Inde.

Les Eco Maires ont développé des commissions de réflexion sur différentes thématiques liées au développement durable : prévention des risques majeurs naturels, comptabilité environnementale... Cependant, il n’y a pas de commission TIC ?
Pas encore. Elle devrait voir le jour car la demande de nos adhérents se fait de plus en plus pressante. Parallèlement, on se rend compte que les politiques publiques de l’État prennent conscience de l’importance du sujet de son urgence. Ça bouge, preuve en est le travail de la Diact sur l’aménagement numérique des territoires.

http://www.ecomaires.com/