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Accueil / Newsletters / Newsletter n°5 - 04-06-08

Jean Pouly, directeur de l’Agence Mondiale de Solidarité Numérique

Jean Pouly est directeur de l’Agence Mondiale de Solidarité Numérique, qui favorise l’émergence de nombreux projets oeuvrant contre la fracture numérique et pour la solidarité, le développement durable et l’éducation : www.dsa-asn.org.

Pourquoi les TIC sont-elles intrinsèquement liées à l’éducation au développement durable ?

Premièrement, il faut considérer les TIC comme un outil, un moyen. L’Internet permet en effet de se former et de s’informer. Les TIC ont des vertus collaboratives, éducatives et interactives. Il faut donc faire évoluer l’outil et le mettre à la disposition du plus grand nombre.
Deuxièmement, si on prend le développement durable dans son sens le plus large, l’éducation aux technologies nécessite une éducation critique, car les TIC peuvent devenir un outil dangereux en termes d’identité virtuelle, de sécurité, de violence, de mauvaise compréhension. Il faut apprendre à vérifier ses sources pour ne pas construire sa réflexion sur la base de mauvaises informations et les colporter, il faut donc éduquer pour que l’on soit dans une dimension durable. Les technologies peuvent être une opportunité mais si elles ne sont pas maîtrisées, elles peuvent aussi nuire à l’apprentissage comme c’est le cas par exemple avec le chat sur MSN qui ne favorise pas l’intégration des règles orthographiques et grammaticales.
Clairement, la question est : comment éduquer de manière critique aux nouveaux média, devenir des enquêteurs, des gens curieux, concernés et clairvoyants.

Où commence et où s’arrête l’éducation au développement durable ?

Éduquer au développement durable, c’est permettre aux apprenants que sont les parents et les professeurs, de connaître eux-mêmes le développement durable. La priorité pour moi, c’est la prise de conscience par chacun d’une chaîne globale : notre corps et la terre sont indissociables. C’est la prise de conscience de la globalité de l’être humain, c’est ça, l’écologie : Nous sommes nous-mêmes un écosystème. Il faut que chacun intègre cette réalité afin de ne plus dissocier l’homme de son environnement.
Je suis inquiet, j’aimerais que ces prises de conscience aillent plus vite. J’ai l’impression, en effet, qu’il y a trente ans on tirait la sonnette d’alarme pour la protection de l’environnement mais que l’on ne réagit que maintenant. À ce rythme, on risque de louper aussi les grands enjeux d’aujourd’hui comme la fracture numérique.

Quels sont les publics qu’il faut viser en priorité ?

Tous, c’est sûr, mais l’éducation de nos enfants qui construiront le monde de demain est la priorité. C’est la garantie d’avoir, dans l’avenir, une génération qui aura totalement intégré les gestes du quotidien. Il faut donc les éduquer massivement car seul l’effet de masse parviendra à résoudre les problèmes.

Quels sont les freins à ce développement ?


La fracture numérique dans ses multiples facettes est aujourd’hui le principal frein. Une bonne partie des gens au niveau mondial n’a pas accès à l’Internet et donc, au savoir. Beaucoup d’habitants des pays en voie de développement n’ont qu’un seul modèle c’est l’Occident. Demain un milliard de personnes en Inde va vouloir accéder à la voiture sans connaître les enjeux d’une démocratisation de l’automobile.
Il y a une fracture d’accès au numérique et une fracture plus profonde qui se nourrit de mauvaises interprétations et décodages de l’outil. 5 milliards d’humains sur 6 n’ont pas accès à l’Internet alors que la corrélation est forte entre développement humain et développement des TIC. De nombreuses études montrent qu’un point de télédensité gagné est égal à un point de PIB en plus.
Cela démontre bien la corrélation entre l’accès à l’information et le développement économique.

Quel est selon vous le projet encadré par l’Agence mondiale de Solidarité Numérique qui s’inscrit le plus dans une démarche de DD ?


Le projet de label de réemploi informatique est selon moi le plus exemplaire car nous avons de nombreux partenaires qui illustrent l’ensemble de la société civile : entreprises, associations, recycleurs, élus. Ce n’est qu’ensemble que nous avons pu construire une filière de réemploi de matériel informatique. Le projet montre à quel point nous devons et nous pouvons optimiser les ressources.
Ce projet a non seulement une dimension environnementale mais il permet également la création d’emploi dans le cadre d’une économie sociale et solidaire, la formation de gens qui n’ont pas accès à l’informatique. Il y a donc une importante plus value en matière de développement durable de manière globale.