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LEERS Yves
Consultant développement durable, éco-communication
Voir l'interview (Université d'été 2007)
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Yves Leers Travaille aujourd’hui sur l’intégration du développement durable dans les entreprises et les collectivités et sur l’éco-communication. Anime depuis juin 2008 l’émission de télé « O ma planète », sur France O. Conseiller municipal de Giverny (Eure)
Responsabilités antérieures
Responsable de la communication externe à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) de 2002 à 2007.
. Pilotage d’opérations de communication et de sensibilisation, notamment les campagnes nationales sur le climat et la prévention des déchets.
. Travaux sur l’éco-communication, la publicité et la sensibilisation environnementale.
. Journaliste spécialisé dans l’environnement, l’énergie et le changement climatique à l’Agence France-Presse (AFP, jusqu’en 1999). Auparavant correspondant de l’AFP à Alger. Rédacteur en chef (1999-2002) des revues professionnelles Hydroplus et Airplus, sur la gestion de l’eau et la qualité de l’air.
Contribution à l'Université d'été 2008
Le pire est-il à venir ?
Cet été, chez mon marchand de légumes, on trouvait des oignons d’Argentine et d’Australie, des fèves du Kenya et de l’ail chinois. Même les patates venaient d’Italie. Ne parlons pas des fruits. Un autre jour, dans un magasin d’objets de décoration, la patronne se vantait de proposer « des choses venant du monde entier». Seul un canapé venait du Pas-de-Calais. Plus fort encore : du magret de canard fumé et signé Labeyrie mais « fabriqué en RPC » ! L’étiquette est à votre disposition. Heureusement, il y a le marché du samedi, … ses crevettes du Brésil ou de Thaïlande et l’inévitable perche du Nil. Les sardines et les maquereaux viennent encore de l’Atlantique. On marche sur la tête à grands coups de CO2. Tout le monde en convient, sauf les donneurs d’ordre. C’est ça la globalisation, la « merchandization » de la planète ? Non, on ne marche pas sur la tête : sait-on que 60% des produits importés de Chine viennent d’entreprises … françaises ? Et si on délocalise la fabrication d’ouvrières françaises payées mille euros par mois, c’est juste pour payer des Polonaises deux fois moins.
Crédit carbone individuel
Ce monde là n’est guère durable et à la merci de la moindre crise comme on l’a vu lorsque les banques ont tremblé. Une politique même minimaliste de lutte contre le changement climatique (1) condamne à court terme le jeu mondial de la consommation : le projet d’extension français du système de bonus-malus aux produits de grande distribution en est un bon exemple. A terme, cela veut dire que l’agneau de Nouvelle Zélande sera alors aussi cher que l’agneau de pré salé du Mont Saint-Michel et que les lingettes deviendront un luxe comme l’eau en bouteilles, mais pas les produits éco-labellisés ou ceux qui n’existent pas chez nous. Une des solutions - efficace mais contraignante -consisterait à mettre en place une carte individuelle de crédit carbone (étudiée en Grande-Bretagne sous forme de Personal Carbon Trading) selon le poids en gaz à effet de serre (et en déchets potentiels, pesticides etc.). On n’y coupera pas.
Laver plus vert ?
Plus globalement, les secteurs les plus climato-pétro sensibles seront touchés de plein fouet, comme le transport aérien, le tourisme de masse et les assurances …
Et la com/pub ? Bien sûr, elle aura tout compris avant tout le monde et n’aura pas attendu d’inévitables mesures contraignantes pour s’adapter au contexte nouveau. L’argument publicitaire le plus vendeur sera devenu celui qui consiste simplement à dire toute la vérité (écologique, entre autres) sur un produit loin d’un imaginaire souvent trompeur. La publicité aura alors retrouvé son sens originel (2).
Aujourd’hui justement, qu’est-ce qui a changé dans le monde de la communication en France ? On a assisté l’an passé à de vibrantes professions de foi sur fond de Grenelle de l’environnement. On allait voir ce qu’on allait voir ! Les plus connus de nos publicistes, dont quelques ex-champions de la désinformation dans le domaine sensible de la santé, vibraient au son du Grenelle en faveur d’une communication nouvelle, responsable et respectueuse de l’environnement. Entonnant le grand hymne du développement durable, ils avaient la foi des nouveaux convertis.
Un an plus tard ? Business as usual… pour la majorité et les majors. Cela ne signifie pas qu’il ne se passe rien. Bien des professionnels de la communication ont pris conscience des enjeux, réfléchissent et agissent différemment en intégrant progressivement les pratiques du développement durable à tous les niveaux. Ceux-là seront les gagnants de demain. Mais bien d’autres et non des moindres n’ont strictement rien changé. Le Grenelle est vraiment le dernier de leurs soucis, qu’ils soient agences ou annonceurs. Ceux-là ont tort et le découvriront à leurs dépens car le changement se fera alors à coups de bonus-malus ou de pénalités dans le cas du scénario le moins coercitif.
Pourtant, la prise de conscience existe que rien ne sera plus pareil. Non, le pire n’est pas à venir même si le budget du ministère du développement durable pour 2009 s’annonce en forte diminution. Il est même question de moins 8% ! Mais les discussions budgétaires n’en sont qu’à leur début. Non le pire n’est pas à venir même si c’est ce qu’affirme sans ambages l’économiste Patrick Artus (3) qui s’inquiète de ce « chaudron qui brûle les ressources rares, encourage les politiques d’accaparement et accélère le réchauffement de la planète ».
Hier, j’ai fait de la confiture de mirabelles. Demain, je ferai de la gelée de pommes. De belles pommes qui n’auront pas beaucoup de chemin à faire, du jardin au chaudron en cuivre de Villedieu les poêles.
(1) Le changement climatique ? Les émissions de gaz à effet de serre continuent à grimper allègrement : elles progressaient de 1% par an au niveau mondial lors de la décennie 90. Depuis 2000, elles progressent de 3% par an soit au moins 30% pour cette décennie et 40% depuis 1990, l’année de référence du protocole de Kyoto. Kyoto II, ce sera fin 2009 à Copenhague. Rien n’indique que des mesures fortes en sortiront même si les Etats-Unis devraient réintégrer la communauté climatique.
(2) Publicité : « Caractère de ce qui est public, de ce qui n’est pas tenu secret », dixit le Robert.
(3) « Globalisation, le pire est à venir », Patrick Artus, Marie-Paule Virard (La Découverte)

















