TIC, développement durable et financements
Claude SAUNIER, Sénateur des Côtes-d’Armor, co-signataire du rapport « les apports de la science et de la technologie au développement durable ». Il a été Conseiller régional de Bretagne, Conseiller général des Côtes d’Armor, maire de Saint-Brieuc et Président de la communauté d’agglomération de Saint-Brieuc.
Alain DUCASS, en charge de l’aménagement numérique du territoire à la DIACT, après avoir travaillé à l’ANVAR, au conseil régional d’Île de France et à l’ADEME. Coprésident de l’association X-Afrique.
Frédéric GRUET, du Ministère de la Recherche, a rédigé le projet de déploiement des TIC pour la région Poitou-Charentes
Intervention d'Alain Ducass
Alain Ducass a collaboré à l’actualisation de la stratégie nationale de développement durable (SNDD), adoptée par le Premier Ministre en novembre 2006 (1). Au sein du volet « Territoires », le chapitre « développer les technologies de l’information et de la communication au service de la durabilité des territoires » détermine 5 objectifs :
- Favoriser la participation des citoyens grâce aux TIC. La mise en réseau entre directions de l’Etat ou collectivités locales permettrait de gagner en efficacité (éviter les duplications).
- Apprendre des nouvelles façons de vivre et de travailler. La DIACT travaille avec le FACE pour développer le volet maîtrise de l’énergie (équipements de télé-gestion)
- Utiliser les TIC pour des investissements économes en énergie. Les investissements d’aujourd’hui conditionnent les dépenses énergétiques futures, mais les décideurs ne sont pas forcément au fait des techniques permettant de réduire les consommations d’énergie. Des cellules de gens experts de ces projets alternatifs seront créées pour les conseiller.
- Améliorer l’accessibilité aux infrastructures haut débit ou très haut débit pour favoriser la circulation de l’information plutôt que des personnes (plateformes de services mutualisés en ligne, pose de fourreaux voire de fibres optiques, etc.)
- Développer l’efficacité énergétique du secteur des TIC. A nombre d’emplois égal, l’activité dans le secteur de l’information et de la communication a une empreinte carbone plus faible que dans de nombreux autres secteurs.
Alain Ducass souligne l’importance de faire connaître ces objectifs et de faire appel à chacun pour aider à leur réalisation.
(1) http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/3-Territoires.pdf Voir p6
Intervention de Claude Saunier
Le sénateur Saunier, vice-président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, a tenté de lever quelques ambiguïtés sur le concept de développement durable dans le rapport « les apports de la science et de la technologie au développement durable », écrit en collaboration avec le sénateur Laffitte. Le concept de développement durable, malmené par certains avec des arrières pensées idéologiques, demandait à être clarifié. Finalement, la définition de développement durable retenue est celle posée par Mme Brundtland en 1987 : répondre à la fois aux besoins de la population actuelle et à ceux de la population future. Il fallait recentrer le concept de développement durable sur ce qui leur semblait être essentiel, c'est-à-dire l’avenir de l’humanité. Poussés par la volonté politique de mettre les enjeux énergétique et climatique au centre du grand rendez-vous démocratique, ils attendent des principaux intervenants dans la compétition présidentielle des engagements et des moyens précis.
Elu local en Bretagne et donc confronté au risque de marginalisation des territoires dans les années 1980 et 1990, C. Saunier s’est frotté à la problématique de la fracture numérique. Il a engagé certaines réflexions dans le but de mettre en place un schéma numérique : comment fédérer un territoire par les TIC, comment le positionner à l’extérieur, comment un territoire excentré peut-il s’ouvrir sur le monde, comment renforcer l’efficacité économique de ce territoire par des initiatives de e-administration, de contact avec les citoyens, etc. Comme exemple de concrétisation en résultant, il évoque la LOTI , qui a posé en 1982 le principe de droit d’accès aux transports collectifs pour tout citoyen à l’intérieur d’une agglomération. Pour éviter que les bus desservant les secteurs à faible densité de population ne circulent à vide, le concept de ligne virtuelle - le taxi-tube – a été imaginé, grâce aux technologies de l’époque : les personnes habitant les secteurs à faible densité adhèrent gratuitement à un club qui leur donne accès à un serveur vocal. Celui-ci enregistre les demandes de déplacements et en informe les taxis. Les usagers peuvent se déplacer facilement, sans payer leur transport plus cher (la différence étant prise en charge par l’agglomération) et l’activité des taxis s’accroît. Ce système fonctionne toujours et a été utilisé dans d’autres villes.
Pour C. Saunier, le rôle des TIC comme instrument de gestion territoriale est déterminant. Il est véritablement pertinent de rapprocher la problématique du développement durable à celle des TIC, car ils peuvent théoriquement répondre à deux enjeux majeurs, l’économie des matières premières et l’économie d’énergie. La diffusion des TIC, sous réserve d’être maîtrisée, peut réduire considérablement les transports physiques (télé-travail, vidéo-conférence, e-learning, e-administration, etc). Les TIC peuvent permettre de réaliser des économies même dans des secteurs à priori très éloignés des TIC (exemple du GPS dans l’agriculture pour une utilisation optimale d’engrais).
Mais dans la pratique, le constat est clair : on consomme globalement de plus en plus d’énergie et de matières premières. C. Saunier explique évoque la discordance de temps : l’irruption rapide d’une nouvelle technologie ne modifie pas fondamentalement et immédiatement les pratiques de la société. D’où la nécessité de poser un regard pratique plus que théorique sur ces questions, et de déterminer le bilan réel de l’utilisation des TIC sur notre société, en le consolidant par rapport aux piliers du développement durable. Le développement des TIC doit être couplé à un accompagnement sociologique, psychologique, éducatif etc. La question délicate qui se pose est en fait celle du modèle de développement. Les technologies permettent de passer du commerce de quartier à l’e-commerce. Mais est-ce raisonnable de multiplier l’achat de gadgets venant du monde entier au vu des transports induits ?
Il est donc fondamental de se poser la question du mode de développement et de déterminer exactement quelles sont les potentialités réelles des TIC. Mais avec quels moyens ? « Quand on est dans un système un peu bloqué, avec des résistances, il faut y mettre beaucoup d’énergie, pousser très fort l’armoire pour qu’elle commence à bouger. Il faut donc investir massivement. Et le temps est compté : que le pic pétrolier ait lieu en 2035, 2050, ou 2070, c’est demain ! Et je crois que la logique du marché n’est pas susceptible de répondre à cela : le temps financier est extrêmement court, les retours sur investissements doivent atteindre 15% sur du très court terme. Or on voit bien que les investissements dans le développement durable ne peuvent pas fonctionner dans cette logique là. Donc de l’argent public sera nécessaire ». Mais injecter de l’argent public massivement dans les TIC au service du développement durable va à l’encontre des règles de la concurrence édictées par l’OMC. Ainsi le projet de la mise en place d’une plate-forme de e-procurement, d’achats groupés, avec les entreprises du territoire de Saint-Brieuc, qui avait pour vocation d’aider les petites entreprises à suivre les donneurs d’ordres dans des processus d’automatisation ou de numérisation, n’a pas pu voir le jour : injecter de l’argent public dans ce projet allait à l’encontre de la règle de la concurrence puisque cela revenait à donner à ces entreprises un avantage comparatif.
C. Saunier ajoute qu’injecter de l’argent ne réglera pas tout. Il faudra rapidement réfléchir à l’idée de donner aux produits une valeur qui ne reflète pas seulement celle du travail qui a été nécessaire pour le fabriquer, mais qui est une valeur qui reflète la totalité de l’énergie qui a été utilisée pour les fabriquer. Ce qui renvoie à la valorisation des matières premières et des énergies. « Réfléchissons à l’échelle de la planète : nous fondons notre prospérité de 2 siècles sur l’exploitation de ce qui s’est accumulé sur des centaines de millions d’années. Est-ce que c’est raisonnable ? D’où l’intérêt de commencer à réfléchir sur le concept de taxe carbone, ou d’éco-taxe. Des économistes, y compris libéraux, abordent cette question. Cela changerait bien sûr complètement les données de la concurrence internationale. Ce sont d’autres règles, fondamentales, et l’enjeu est tel qu’elles méritent qu’on y réfléchisse ».
C. Saunier considère que le pays a un rôle à jouer sur cette question, dans la mesure où il peut garantir une cohérence, une unité territoriale, en aidant les petites communes qui n’ont pas les moyens administratifs pour faire des montages ou de l’ingénierie de projet. Pour lui, le financement des TIC au service du développement durable devrait être une des composantes des grands contrats (contrats de plan Etat-Région, contrats de pays, etc). Une fois que la volonté politique sera affirmée, les financements se débloqueront, et ces questions entreront dans les projets territoriaux. Il est primordial de garantir un traitement égal des territoires, dans un contexte où les échéances sont extrêmement courtes.
Débats
F. Flipo reprend les propos de C. Saunier sur la vision mécaniste qui voudrait que les TIC résolvent tous les problèmes. En travaillant avec les TIC, il y a toujours ce danger de tomber dans l’high-tech à tout prix, « d’utiliser les TIC parce que c’est récent ». Par ailleurs, F. Flipo s’interroge sur la méthode qui permettrait de déterminer si l’utilisation des TIC peut répondre à certains enjeux (réduire les transports par le télé-travail par exemple). Ne faudrait-il pas remettre en cause la procédure de définition collective des besoins, qui se fait aujourd’hui par l’omniprésence du marketing et la création de besoins ? On peut imaginer que les besoins se déterminent de manière beaucoup plus procédurale, en faisant appel au débat participatif par exemple. Sinon, on continuera dans la tendance actuelle, et le consommateur, tracé, sera gavé au maximum de toutes sortes d’informations commerciales. Il faut développer des utilisations des TIC qui ne soit pas aux seules mains du secteur marchand.
A-Y. Portnoff souligne que l’importance des TIC ne réside effectivement pas dans le fait qu’ils soient nouveaux, mais qu’ils permettent une meilleure analyse des problèmes grâce à plus de technicité. Ils doivent permettre de mettre plus d’intelligence en amont dans l’analyse des problèmes. La solution choisie peut alors faire appel, ou non, à la technologie. Mais pour déterminer cela on a besoin de plus de connaissances. A-Y. Portnoff observe que l’inculture technique pousse à ne pas avoir de stratégie industrielle et à ne pas voir que certains jeux d’acteurs ont une influence très forte. Ainsi, la stratégie commerciale d’Intel nous conduit à utiliser des processeurs qui dépensent deux fois plus d’énergie que ceux d’AMD, ce qui nous coûte plusieurs tranches de centrales nucléaires par an. Il est primordial de décider, de choisir la manière dont nous voulons utiliser les TIC, et quels TIC nous voulons utiliser. Le centre du problème est la financiarisation à outrance, modèle de développement économique non durable qui tue l’entreprise elle-même. Par exemple, une entreprise européenne localisée en Europe ne fabrique pas d’écrans plats parce que ce n’est pas assez rentable. En revanche, une entreprise indienne ou coréenne peut les fabriquer en Europe car elle accepte d’avoir des marges nettement inférieures. L’emploi en Europe sera assuré par le rachat de nos entreprises par les indiens, les coréens et bientôt les chinois. Ce sont des choix essentiellement politiques.
C. Saunier confirme que la réponse technologique est limitée, et que la vraie réponse est d’ordre politique et sociétal. Par exemple l’INRA, qui a significativement contribué au développement d’une agriculture ultra productiviste, travaille maintenant sur d’autres modèles fondés sur la réhabilitation des méthodes d’assolement, sur l’utilisation de sélection de graines anciennes, et arrive à des bilans économiques et environnementaux globalement meilleurs. La réponse peut être de reconstituer des pratiques assez anciennes si elles se révèlent intéressantes à la vue de l’analyse scientifique actuelle. Il faudra par ailleurs régler la contradiction majeure de notre discours qui consiste à demander aux chinois d’essayer de limiter leur consommation énergétique, alors qu’ils ne consomment que 0,7 tonnes d’équivalent pétrole par an là où nous en consommons 4, et les américains 8. D’autant plus que le carbone dépensé par la Chine l’est en grande partie pour fabriquer nos objets de consommation. Face à cette question majeure nous devons être responsables dans nos pratiques de consommation. Car acheter l’objet le moins cher génère du chômage dans nos pays et provoque de la pollution ailleurs. Sans parler des déséquilibres sociaux.
Intervention de Frédéric Gruet
Frédéric Gruet aborde la question du financement des TIC au service d’un développement durable du point de vue des collectivités. Aucune collectivité n’a en particulier la compétence TIC, ou plutôt, elles l’ont toutes : région, département, communauté de communes, d’agglomération et même Etat. Les projets se superposent et sont donc difficiles à gérer. L’échelle du pays est pertinente pour mener des actions. Mais cela doit être relayé par les schémas régionaux. Déterminer clairement quel acteur a la compétence TIC présentera en outre l’avantage de rationaliser l’utilisation des financements. Il y a par ailleurs peu de dialogue entre les territoires de même nature, entre les régions par exemple. Or la mutualisation entre les différents acteurs du territoire permettrait aussi d’aller dans le sens de rationalisation des financements, en évitant que les collectivités développent des portails en parallèle. Sur cette question, les logiciels libres peuvent être intéressants, sous réserve de bien maîtriser cette politique. La région Poitou-Charentes mène une action de mutualisation de tous les développements libres au niveau national au sein de l’association des régions de France.
Il est certain qu’il faut développer les projets TIC, et donc les financer. Mais comment ? Faut-il financer le développement des réseaux, du haut débit sur l’ensemble du territoire, ou bien le développement des usages, c'est-à-dire les utilisations que l’on fait du haut débit ? Faut-il installer des fibres optiques sur l’ensemble des départements français, sans savoir tout à fait quels services nous allons adopter ? C’est une question fondamentale : on peut considérer que le très haut débit favorise l’échange d’information, et donc limite les transports, mais on peut aussi avoir une vision inverse : le très haut débit favorise l’achat d’ordinateurs ultra puissants dont on ne se sert pas forcément. A contrario, une collectivité locale qui choisit de mener une vraie réflexion sur la définition claire de ses objectifs et ambitions, ne décidera pas forcément d’entrer dans une croissance effrénée des TIC, mais se concentrera sur ce que peut, dans les faits, lui apporter internet pour un développement durable de son territoire : la possibilité de dialoguer avec le monde, de rétablir un lien avec des citoyens actuellement exclus.
Le brevet Schneider Electric peut permettre une meilleure maîtrise énergétique au sein des foyers. Les entreprises qui déclinent ce service le facturent entre 3 et 4 euros par mois. L’expérience montre que cette technique permet d’économiser 5% d’énergie. Ce qui est trop faible pour que le citoyen accepte de prendre son installation à sa charge. Donc cette technique ne peut être insérée dans les foyers que par des dépenses publiques. Est-ce vraiment utile d’engager de telles dépenses pour réaliser 5% d’économies ? Ne peut-on pas investir cet argent plus efficacement ? Répondre correctement à ces questions exige de dépasser la vision simplement technophile. La région Poitou-Charentes a quant à elle choisi de se consacrer à la question des usages.
F. Gruet a pu constater que la population la plus exclue d’internet se concentre dans l’habitat social : le taux de pénétration internet haut débit y est de l’ordre de 10 à 12%. Il a donc été décidé d’apporter à ces citoyens une connexion internet pour moins de 15 euros par mois. Les objectifs de ce projet s’inscrivant bien dans le cadre du développement durable, ils ont été considérés comme pertinents pour l’utilisation de fonds publics. Il est déterminant d’encourager ces populations à utiliser internet, qui compile toutes les informations utiles aujourd’hui (ASSEDIC, offres d’emploi, etc.) Ce type de projet a donc un réel impact sur le territoire. Les modèles économiques mis en place pour ces projets permettent d’offrir du haut débit de 2Mbit/s, avec communications téléphoniques nationales gratuites et communications internationales très bon marché. Plusieurs opérateurs se sont déjà engagés à fournir ces services, avec la technologie CPL indoor .
F. Gruet ajoute que la politique globale de lutte contre la fracture numérique sous tous ses aspects passe également par le développement des Espaces publics numériques (EPN) et, surtout, par leur amélioration en terme de qualité. En effet, chaque habitant est déjà à moins de 10 km d’un accès public à internet (résultat d’une politique de 2004 qui a offert un ordinateur à toutes les petites communes rurales de la région pour un accès public à internet). L’accent a donc été mis sur l’animation dans les EPN, en particulier sur l’aide à l’emploi et la formation à distance. Parallèlement à ces politiques sur le chômage et la formation, sont également menées des politiques à destination des handicapés, autre population laissée au bord de la route, ou encore pour les créations d’entreprises .
Débats
G. Berhault considère que la technologie CPL ne s’est pas développée non pas pour des raisons technologiques, car le haut débit peut parfaitement être accessible partout en utilisant les réseaux EDF, mais pour des raisons commerciales et politiques. A.-Y. Portnoff confirme que notre opérateur historique français, en faisant blocage à cette technique, est responsable du retard du pays sur le plan numérique. Il est précisé que l’ouverture des marchés de télécom et d’électricité ne permet plus de développer le CPL.
J. Brangé aborde la question des formations des étudiants français qui savent manipuler les outils informatiques, mais qui ne les maîtrisent ni ne les comprennent suffisamment. Certains pays ont en revanche de réelles politiques d’appropriation des nouvelles technologies au-delà de leurs usages. Les américains apprennent à coder, pourquoi ne forme-t-on pas les étudiants français à le faire ?
C. Alazard évoque la nécessité d’utiliser internet comme outil d’information pour le grand public. Les comportements et modes de consommation peuvent évoluer en diffusant de l’information sur ce que portent ces consommations, sur ce qui est en jeu et en répétant les messages. Il devient donc critique de savoir objectiver et fiabiliser l’information. Or on n’apprend pas aux étudiants à faire le tri dans cette masse énorme d’informations, il y a un réel manque au niveau de la formation, y compris de haut niveau. En outre, Internet met les gens en relation, le web2.0 est un outil formidable pour permettre aux gens de collaborer. De nouvelles dynamiques de l’engagement des particuliers peuvent apparaître.
G. Berhault résume cela en un manque d’éducation critique à la société de l’information : les enfants, s’ils apprennent à se servir de l’outil informatique, sont démunis sur les questions de la technique, des médias et de la publicité.
A-Y. Portnoff considère quant à lui que le problème majeur en France est la « techno-ignorance » des décideurs, y compris des chefs d’entreprise. Cette ignorance conduit à « gober » les prospectus publicitaires des sociétés, sans prendre conscience qu’elles nous font dépenser de la puissance informatique qui n’est pas de la puissance pour l’utilisateur. La France repousse le télétravail pour des raisons culturelles : l’outil de mutualisation qu’est Internet se heurte à sa tradition colbertiste. Or la plus grande utilité d’internet est de mutualiser les ressources, de relier des individus et des organisations.
L. Guerre est convaincue du rôle positif que peuvent jouer les entreprises pour le développement durable. Quand le monde économique se met en marche, il est rapidement efficace, et ce gain de temps est déterminant dans le contexte actuel. Mais toutes les PME innovantes n’étant pas sous-traitantes, elles ne peuvent pas toutes être entraînées dans des préoccupations de développement durable par les donneurs d’ordres. Comment dès lors encourager les initiatives innovantes et pertinentes pour le développement durable ? Comment faire des entreprises des partenaires ?
C. Saunier considère qu’effectivement on ne peut pas aborder ces problématiques de façon timorée. C’est l’occasion de définir des objectifs pour notre société. Il faut convaincre les citoyens de se mobiliser, de redéployer l’intelligence. Les retombées seront positives pour la planète et pour l’économie. L’exemple de l’Allemagne est particulièrement intéressant : le pacte entre les sociaux-démocrates et les Verts a permis une politique forte de diversification énergétique. L’Allemagne a pu développer des technologies, un savoir-faire. Elle exporte aujourd’hui 60% de sa production d’éolienne et a créé 160 000 emplois.
J. Brangé annonce la création par l’AFNeT d’un groupe de travail avec des industriels, dont l’un des objectifs est de favoriser les partenariats interentreprises qui sont souvent à l’origine de grands progrès. Ces partenariats sont soutenus par de la technologie, par le PLM , avec les aménagements qui permettent d’intégrer dès les phases de conception l’ensemble des retours sur le cycle de vie du produit. Ce qui implique que les fabricants assurent la maintenance des produits. Et quand les industriels deviennent prestataires de services, le produit est souvent mieux conçu afin de diminuer les coûts de maintenance.
G. Pennequin observe que beaucoup de points évoqués concernent un développement local alors que nos élites, en général “hors-sol”, ne pensent plus le territoire, le local. Les TIC étant pour le moment surtout vues comme concourrant à la globalisation, peut-on changer de paradigme et envisager un développement des TIC au service du local ? A-Y. Portnoff propose d’observer attentivement l’expérimentation grandeur nature d’un quartier communicant, Ginza, le quartier le plus dense de Tokyo, dans lequel toute sorte de technologie communicante est testée (RFID, infrarouges etc.) C’est la société de l’ubiquité illustrée. Ce projet "Tokyo Ubiquitous Project in Ginza " est mené conjointement avec la mairie de la capitale du Japon et le ministère japonais de l'Aménagement du territoire.
A-Y. Portnoff revient sur le sujet de la formation, et insiste sur l’importance d’enseigner le discernement, plutôt que l’utilisation d’un ordinateur, ce que les enfants apprennent très vite et même mieux parfois que leurs professeurs. Puisqu’on n’a jamais eu autant de sources d’information, ni autant de puissance technologique, ce dont a besoin notre société aujourd’hui, c’est de faire preuve de discernement, de sagesse. Internet change notre mode de pensée, la philosophie d’internet nous faisant passer du « ou » au « et ». Internet c’est global et local. Le point critique pour un territoire est maintenant sa zone d’influence, l’intensité et la qualité des interactions, en interne et avec le monde entier. La durabilité du développement implique la défense de la diversité, nécessaire à la créativité. Un territoire doit pouvoir conserver sa culture tout en s’inscrivant dans un contexte global, et ne pourra se renforcer que s’il ne tombe pas dans la consanguinité. Un développement qui ne serait tourné que vers le global est voué à l’échec ; il est essentiel de prendre en compte le local et de le construire. Il faut enseigner la pensée complexe.
F. Flipo évoque la puissance énorme dédiée aux calculs de risques des banques dans les data centers . Il a l’impression que l’innovation et l’imagination technologique sont bridées, qu’on ne peut plus prendre de risque, que les solutions qu’on nous propose s’inscrivent dans une espèce de destin sans autre porte possible. Il est très important d’organiser le débat autour des alternatives et des différents types de boucles qu’on peut mettre en place.
En conclusion, C. Saunier revient sur la nécessité de dépasser l’approche technique, sous peine d’enlisement. Le véritable enjeu est la capacité à éclairer les choix techniques par une approche politique. La définition du type de société que nous voulons est à reconstruire en permanence, d’où l’intérêt des débats. S’ils sont éclairés pas une approche politique, les projets de développement des TIC peuvent être des instruments fabuleux d’émancipation et de connaissance. « Je ne le dis pas en tant que politique, mais en tant que citoyen : nous sommes trop soumis aux données technologiques. Sur le grand débat usage/réseau par exemple : France Télécom s’est polarisée sur la question des réseaux pendant des années. C’est une fausse question : les réseaux n’ont d’intérêt que si on les utilise… il fallait commencer par les usages ! »
Etaient présents :
Gilles Berhault, président d’Acidd –Association Communication Information pour le Développement Durable–, co-organisateur de TIC21, co-organisateur du Cercle TIC21 en collaboration avec la DIACT
Rapporteur : Solène Bourdais, Chargée de mission TIC21 pour Acidd
Caroline ALAZARD, Greenext (médiation entre les entreprises et les consommateurs)
Jean BRANGE, AFNeT
Fabrice FLIPO, Institut National des Télécommunications – INT
Michel FUNFSCHILLING, Ministère de l’Equipement
Marc GALLAIS-HAMMONO, AFNeT, responsable Internethon
Louise GUERRE, ancienne présidente du Centre des jeunes dirigeants – CJD, Archimag, magazine sur les technologies de l’information
Philippe LE GONNIDEC, conseil en stratégie multimédia et sos-21.com
Emmanuelle LEBLANC, Fédération des Parcs naturels régionaux de France
Bertrand LEFEBVRE, “Formation durable”
Claire LEROY, Observatoire des territoires numériques
Jean-François LESNE, Ministère de l’Economie, des Finances et de l’Industrie, Conseil Général des Technologies de l’Information
Dominique MARTIN-FERRARI, Gaïa Network
Gilles PENNEQUIN, haut fonctionnaire au développement durable, Délégation interministérielle à l’aménagement et à la compétitivité des territoires - DIACT
André-Yves PORTNOFF, Futuribles
Thomas SANCHEZ, Chargé d’études et veille, Novethic
Cercle TIC21 - DIACT - 13 Février 2007
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